Dimanche 7 mai 2006
Peu importe mon véritable nom, j'ai préféré l'oublier depuis ce jour tragique qui fait que la vie ne m'apporte plus vraiment de joie. Que fais-je devant cette feuille à écrire avec cette longue plume de Griffon que je trempe régulièrement dans l'encre de Zourit ? Peut-être est-ce juste l'envie de réciter ma vie. A moins que ce ne soit rien d'aussi futile, et que je désire ardemment apprendre aux curieux qui je suis vraiment, passant outre les racontards à mon sujet. Voire même apprendre quelque chose qui pourrait tournebouler la vie de certains. Bref, il n'y a aucune importance à savoir pourquoi j'écris, puisque je le fais. Entre autre... Il me faut un titre... Pas de titre stupide, tel "Ma vie, par Shascor" ou encore "Les aventures d'un Chevalier Noir". Non rien d'aussi bête, d'aussi peu évocant. Pourquoi ne pas rendre un dernier hommage à ceux qui périrent par la main d'adorateurs de l'autre Magie ? Oui... Leur offrir une dernière lettre, même si certainement aucun ne subsiste encore par ces temps troublés. Voilà que j'aperçois Iriel. Elle est gentille cette petite. Mais elle n'a pas l'air de comprendre que tout ce qu'elle fait pour moi est vain. Elle me demande de sortir un moment du fauteuil où je me suis enfoncé, réchauffé par le feu agité dans l'âtre. Cela est bien nécessaire pour lutter contre le froid qui envahit le Nord des terres en ce rude Winiver. Je disais donc qu'elle me demande de sortir chercher du bois pour le feu. Je n'ai pas envie de me lever pour me geler les orteils dehors, tout ça pour prendre quelques bûches alors qu'il en reste suffisemment dans chaque pièce. J'irai nous réapprovisionner demain, quand Sol percera davantage à travers les épais nuages gorgées de denses flocons glacés. Je lui dis "kacinekolas", tout en replongeant la tête dans mes écrits. Elle n'a pas l'air d'avoir saisi le véritable sens, mais elle s'en va quand même en ronchonnant. Oui... Enfin un titre qui pourrait être bon. Ainsi seront-ils peu à le comprendre, à moins qu'aucun ne le puisse. Mais le titre importe peu, ce qui suit est plus instructif pour ceux qui peuvent voir un intérêt à lire le récit de certains évènements de la vie d'un Elfe Noir.
Que dire de mon enfance ? Rien, je crois qu'il n'y a rien à dire. Cela n'apporterait rien de bon à ce que l'on apprenne qui sont mes parents, et si j'ai ou non des frères et soeurs. Leur mort ne me tirerait pas la moindre larme ou le moindre chagrin. Je ne ferais que regretter leurs qualités, rien de plus. Certains penseront que je suis un monstre de ne montrer aucune affection envers eux. Mais si je le pouvais je le ferai. Ce n'est pas pour rien si l'on me nomme Shascor. Vous aurez compris que ce nom vient du fait que l'on me traite de "Sans Coeur". Rien n'est plus vrai. Dérivation qui s'est opérée à force de ragots à mon sujet, passant de villages en villages, traversant les rivières et les forêts, surmontant les falaises et s'engouffrant dans les mers pour atteindre les villes et autes forts. Ce nom paraît bien commun, mais il a une signification que beaucoup ignorent. Simple fait du hasard qu'elle me soit attribuée, mais elle me correspond parfaitement. Je ne l'expliquerai pas ici, et même jamais à qui que ce soit. Sauf si je parviens à retrouver ne serait-ce qu'une infîme parcelle de ce qui a implosé en moi. De ce qui fait ce que je suis Mid'Djay.
Elle était la plus jolie à mes yeux, et quand j'y repense, je suis encore du même avis. Je ne sais même plus où nous nous étions rencontré. Certainement dans ces grottes sombres où nous vivions. A vrai dire je m'en fiche. Tout ce qu'il est important de savoir c'est que nous nous aimions. Moi, Elfe Noir ayant suivi les enseignements de Morlach, et vénérant toute l'intelligence et la chaleur de Calder dont je me nourissais autant que de la présence de ma bien-aimée. Je ne vous parlerai pas plus d'elle, même si cela ne gênerait pas, puisqu'elle est morte après que je l'ai trouvée dans les bras de mon meilleur ami, un Elfe Noir, comme elle et moi. D'ailleurs lui aussi est mort. Non je ne les ai pas tué. Ils sont mort trop tôt, et je les aurai évité autant que je pouvais quoi qu'il en soit. Elle est morte de chagrin quelques jours après ma découverte. Et lui a mis fin à sa vie voyant qu'il avait perdu son meilleur ami et celle qu'il chérissait.
Mon Coeur fut brisé. Vous ne comprenez peut-être pas ce que cela signifie. Mais c'est ce qui arrive quand la confiance envers les êtres les plus chers que nous avons s'estompe. Trahis par mon meilleur ami et celle pour qui j'étais prêt à me sacrifier. Comment faire encore confiance aux autres ? Même à sa propre famille. Vous ne savez sans doute pas ce qu'avoir perdu le Coeur veut dire. Je vais vous dire que cela ne tient compte que de la philosophie que j'ai partagée avec de sages êtres que j'ai rencontré. Que j'ai voulu rencontrer. Au delà des apparences, je savais que les Demi-Trolls n'étaient pas plus bêtes que quiconque. Ils sont plus impulsifs, et moins vifs d'Esprit à cause de leur origines Trolls. Mais leur Humanité a fait du bon travail. Certains agissent tels des bêtes, en fait peut-être tous selon les circonstances. Mais je suis certain que bon nombre égalent sans difficulté les nôtres, et que certains atteignent la sagesse des plus grands. Don de Malecta sans aucun doute, généralement couplé à une intelligence dont Calder pourrait être fier.
J'étais parti des grottes dans le but de trouver quelques Demi-Trolls à qui parler, pour apprendre d'eux, et leur apprendre. Je n'avais alors pas encore rencontré celle qui m'a trompé. - Voyez comme je suis incapable de tenir la chronologie d'un récit - Les Marais de la Catin du Walh me semblaient être l'endroit idéal, et le plus représentatif de cette race ô combien rejetée partout à la surface de Ganareth - Autant que sous celle-ci - De nombreuses fois j'avais dû sortir ma lame pour mettre un terme à la furie de mes aggresseurs. A savoir que je n'attache aucune importance aux objets, quels qu'ils soient, contrairement à la plupart de mes congénères Chevaliers Noirs comme moi, qui eux s'attachaient à leurs armes et leur donnaient des noms, croyant qu'elles avaient été forgées pour eux seuls, qu'elles étaient uniques dans leur manière d'être fabriquées, et tout ce qui s'ensuit. Bref, je m'en voulais d'avoir à occir ces gens, je n'avais pas le choix, mais ils ne semblaient pas vouloir m'écouter, ou alors ils ne comprenaient vraiment rien. Un seul a bien voulu m'écouter, ou plutôt, j'ai cru qu'il m'écoutait. Alors qu'il n'avait écouté que de la voix d'un des siens. Celui qui venait sur moi n'avait pas la même rage lisible dans ses yeux que dans ceux qui m'avaient attaqué précédemment. Il ne bavait pas et ne montrait pas ses dents prêtes à déchirer ma chair. Il était déterminé, mais pas fou. J'aurai certainement la même expression si l'on venait à envahir nos grottes. Je m'étais retourné pour voir qui avait bien pu stopper le colosse et sa hache. Sortant des buissons épais, se faufilant entre les lianes pendantes les pieds dans l'eau nauséabonde des marécages, un vieil être s'approchait de moi. Ses habits loin d'être en loques étaient très rudimentaires, mais nul doute que la fourrure dont ils étaient fais tenait mille fois plus chaud que mes vêtements, aussi riche faisaient-ils. Il s'était approché jusqu'à tenir son long bâton juste sous mon nez. Bien que vieux et courbé, il avait le visage au même niveau que le mien, alors que son compagnon debout derrière moi me dépassait d'au moins deux têtes. Nous avions commencé à parler, un bon moment, jusqu'à ce qu'il m'emmène dans un village dont il était le sage. J'ai passé des Monad et des Monad avec eux. Apprenant tout ce qu'il fallait savoir sur les Marais de Malecta et sur la race des Demi-Trolls. Tout d'abord, il n'existait pas de villes à proprement parler, juste des petits villages, ou communautés regroupant une vingtaine voire une soixantaine d'individus, régis non pas par un chef de guerre, comme les ragots le disaient, mais par le plus ancien et le plus sage de tous. Son autorité s'imposait d'elle-même, jamais de conflits n'éclataient pour qu'un villageois prenne le pouvoir. Ils n'y trouvaient aucun intérêt et préféraient vivre de la sagesse et de l'intelligence de celui qui les dépassait. Il fallait aussi savoir que chaque village possédait un dialecte unique, comprenant aussi une langue commune qui n'était employée que lorsque des Demi-Trolls d'une communauté différente venaient à se rencontrer. Les rituels de chaque village marchaient sur le même principe, certains étaient communs à tous, et d'autres parfaitement uniques. Il était évident que tous n'étaient pas aussi instruits et sages que l'étaient ceux avec qui j'ai vécu. De mes nuits passées à converser avec l'Ancien autour d'un bon feu à déguster les mets des marécages - Au passage vraiment excellents s'ils sont cuisinés convenablement, bien que leur aspect soit généralement repoussant et que la chasse soit extrêmement difficile au milieu de la vase et des sables mouvants - sortirent deux choses que le village fut fier de montrer. Une philosophie particulière et pourtant commune à tout un groupe de gens. Et de celle-ci découla une langue que le village s'empressa d'adopter, laissant de côté celle employée auparavant. Nombre d'entre eux devinrent de véritables amis au fil des ans - J'avais entre temps rencontré ma douce lors d'un saut aux grottes - , particulièrement cet Ancien, mort au moment où j'écris ceci, que je dû quitter pour retourner auprès des miens, non sans la promesse de revenir un Djay.
Quand je la découvris avec lui, je restai interdit, pétrifié par ce que je voyais. Je leur avais dis qu'ils n'auraient jamais intérêt à me croiser sans quoi ils mourraient de mes mains, je m'en étais allé leur tournant le dos. Alors qu'elle s'aggripait à ma jambe en pleurant. Je la traînai ainsi jusqu'aux escaliers où elle me lacha, resta assise en train de se vider de toute son eau. Je n'éprouve pas la moindre douleur en y repensant, aucune lance ne vient me perforer, je suis insensible à ce genre de choses. J'étais parti saluer tous mes amis avant que mon Coeur ne se désintègre totalement. Le premier fut ce sage ami avec qui j'avais certainement passé les moments les plus enrichissants de toute ma vie. Il s'en voyait navré, car il comprenait très bien ce que cela signifiait. Je ne peux plus aimer, je ne ressens plus la moindre douleur à voir quelqu'un perdre la vie, même un être qui aurait pu être cher à mes yeux. Juste le regret de ce que cette personne était et qui est maintenant perdu. Plus d'amour, plus d'amitié, plus de confiance, plus de joie de vivre même si je suis toujours capable de rire et d'apprécier les moments qui m'apprennent ce que j'ignore. Perdre son Coeur n'enlève que du bon, car je suis toujours capable de haïr, de m'énerver, d'être de mauvaise humeur, de tuer. Après avoir signifié mes adieux aux amis qui me restaient, je ne vivais plus vraiment. Je ne trouvais pas vraiment de goût à la vie, et pourtant je continuais. Ne travaillant que pour de l'argent, écumant les routes à la recherche de Goths pour pouvoir vivre. Je ne travaillais pourtant jamais pour quelqu'un si ma mission allait à l'encontre de mon bon vouloir. Je n'étais pas un de ces tueurs sanguinaires stupides qui tuent tout et n'importe quoi pour une bouchée de pain. La furtivité et la maîtrise de l'art de Chevalier Noir dont j'avais fait preuve dans les armées de Dînsereg me valaient de fortes sommes à chaque fois, que ce soit pour des meurtres, de simples escortes. Voire, et ce qui me plaisait le plus, garde rapprochée d'une personne. Toujours de charmantes demoiselles, souvent des amantes de nobliaux qui étaient prêt à débourser des sommes folles pour leur sécurité. Ils savaient très bien que jamais je ne m'éprendrai d'elles, alors ils me faisaient confiance, et me payaient pour quelques mois, le temps que les choses se calment après quelques tentatives vaines de la part de gens malintentionnés.
L'un de mes employeurs était un Humain sans scrupule, mais les missions qu'il me donnait étaient acceptables et surtout extrêmement bien payées. Il vivait et remplissait ses coffres grâce aux assassins qu'il employait. Je faisais partie des plus importants avec deux Humains, dont l'un semblait assez honnête malgré son travail, opposé à l'autre, une vraie machine à tuer. Un Elfe des Bois, mille fois meilleur que moi dans la capacité de se camoufler, et un Haut-Elfe détestable, mais maîtrisant la Magie Claire comme je ne l'avais encore jamais vu. L'un de ses seconds était un Illusionniste Dark, lui aussi impressionant de compétences. Il était plutôt sympathique, mais restait généralement dans l'ombre de celui qu'il considérait comme son maître. Il m'avait plus d'une fois fait montre de ses talents, et il m'épatait toujours de plus en plus. J'en appris ainsi beaucoup sur son soi-disant maître. Mais je ne le raconterai pas. Tout ce que je peux dire d'autre est que j'ai quitté cette vie de mercenaire quand Dînsereg lui-même me confia une mission qui me plaisait plus qu'une simple bourse, aussi pleine soit-elle. C'est pourquoi je suis ici à écrire.
Me voici revenu... J'ai vieilli. Physiquement je suis toujours le même. Toujours cette capacité à me cacher où bon me semble sans être vu, à surprendre ceux que j'accoste parce qu'ils ne m'ont pas entendu venir. Toujours cette maîtrise tant de fois flattée de rendre grâce à Morlach. Mon sable coule toujours, à la vitesse des Yano. Et mon Esprit coule différemment à chaque nouveau grain tombé. J'ai enfin retrouvé cette vieille histoire, enfouie sous des monticules de poussière, au milieu des toiles d'araignées et de leurs occupants. Entre deux murs et deux sables. Je ne me souviens pas pourquoi j'ai caché tant de choses en écrivant lorsque cet endroit ressemblait vraiment à un château. aujourd'hui il n'est plus qu'une Ruine désespérément vide. Si ce n'est notre A'Quarthus qui me tient compagnie. Je suis revenu. Pour que ceux se sentant concernés et dignes de m'aider dans ma quête me rejoignent. Non pas venir à mes côtés. Mais suivre un but commun. La vengeance est toujours présente dans mon Esprit. Mais je ne dirai rien sur mon Coeur... Il ne vaut mieux pas. C'est la seule chose que je tairai dorénavant.
Me voici donc de retour. - Et je ne me suis toujours pas amélioré en écriture, pauvre de moi - Lysart l'infâme a quitté Melays l'Humain qui fut mon commanditaire comme cité précédemment il y a quelques Yano sur ces mêmes pages griffonées et vieillissantes. J'ai appris qu'il était allé se mettre au service d'un Baron de sa race. Que ce même Baron avait pris le contrôle du village où j'avais passé tant de bon temps. Que l'esclavage était de mise, et que nombre des autochtones avaient déjà succombé. Trois Yano après la prise de pouvoir de ces terres, un petit groupe réussit à berner la surveillance du Baron et s'enfuit au-delà des marais. Ce dernier aurait chargé Lysart de le traquer et de tous les mettre à mort. Les derniers échos qui me sont parvenus font état de la mort de tous les fuyards. Mais surtout d'un vengeur qui aurait mis fin aux exactions de leur oppresseur. Je recherche cette personne, si tant est qu'elle est encore en vie suite au brasier qui consuma le village entier et ses habitants. Je ne sais si l'un d'entre eux a pu en réchapper, mais je traquerai à mon tour celui qui a jadis traqué ceux que je considère comme miens. Dussé-je y passer l'éternité, je poursuivrai ma route et j'espère un jour revoir l'un de ceux qui faisaient ma fierté et mettre à mort ce fou de Lysart.
Peut-être devrais-je en dire davantage sur ce que j'ai fait après avoir été lassé de ma vie de mercenaire. Je parlais d'une offre de Dînsereg. Mais je n'ai pas dis que j'étais retourné au sein de son armée pour lutter contre la menace des Dragons. Seulement quelques Dekad après ma réinsertion, j'eu le privilège de recevoir la visite de ce grand meneur d'hommes. Nul doute qu'il avait eu vent de ce qui m'était arrivé lorsque je partis de l'armée auparavant. Il avait dû savoir aussi ce que fut toute ma vie. Et il n'oublia pas les talents dont mes anciens camarades faisaient l'éloge aux officiers. Il m'invita à passer la soirée en sa compagnie assis autour d'une table pleine de bons mets dans sa tente. La discussion avait été des plus agréables et surprenante. Engagée par l'état de ma santé, et dérivant rapidement sur l'état de notre armée. Il me parla aussi longuement de Vuuar, qu'il voulait ralier tous les adeptes des Sombres Cristaux sous la même bannière, ou je ne sais trop quoi du même ordre d'idées. Passé ces choses futiles, il commença à me questionner sur ce que j'avais appris de mes Centi passés auprès des Demi-Trolls. J'en fus surpris mais ne manquai pas de tout lui raconter, alors qu'il se montrait vraiment très intéressé. De tous les hommes qu'il avait sous son commandement je devais être celui qui en savait le plus sur eux. C'est pour cette raison qu'il me proposa de partir lutter contre la menace de Dragoon dans le Sixième Royaume, à la tête d'un détachement plutôt diversifié. Nous avions de tout, tout le temps et toujours quand il fallait. Le fait de connaître parfaitement les Demi-Trolls me permettait d'engager la discussion avec eux et généralement de les convaincre de se joindre à nous, ne serait-ce que l'instant d'une bataille. La plus mémorable fut celle qui nous mena face à de nombreux soldats de Dragoon, tels les Orcs et les Trolls ainsi qu'une puissante troupe de Dragons. Ce jour là on aurait juré que toutes les tribus Demi-Trolls s'étaient ralliées à nous pour vaincre l'oppresseur. L'ennemi était de loin supérieur en nombre jusqu'à ce que cette nuée de sang mêlé vienne à notre encontre. Se joignant à nos rangs nous remportâmes la plus difficile et la plus fantastique des victoires sur les Dragons. Enfin de celles que j'ai vécu bien entendu, Dînsereg devait lui aussi se battre dans de telles conditions à chaque fois. Je n'épiloguerai pas sur la bataille, cela n'a pas d'intérêt - Même si j'ai dis que je raconterai tout - et j'ai dis ce qu'il y avait d'important.
Sö lhanzeak dë Woli
Que dire de mon enfance ? Rien, je crois qu'il n'y a rien à dire. Cela n'apporterait rien de bon à ce que l'on apprenne qui sont mes parents, et si j'ai ou non des frères et soeurs. Leur mort ne me tirerait pas la moindre larme ou le moindre chagrin. Je ne ferais que regretter leurs qualités, rien de plus. Certains penseront que je suis un monstre de ne montrer aucune affection envers eux. Mais si je le pouvais je le ferai. Ce n'est pas pour rien si l'on me nomme Shascor. Vous aurez compris que ce nom vient du fait que l'on me traite de "Sans Coeur". Rien n'est plus vrai. Dérivation qui s'est opérée à force de ragots à mon sujet, passant de villages en villages, traversant les rivières et les forêts, surmontant les falaises et s'engouffrant dans les mers pour atteindre les villes et autes forts. Ce nom paraît bien commun, mais il a une signification que beaucoup ignorent. Simple fait du hasard qu'elle me soit attribuée, mais elle me correspond parfaitement. Je ne l'expliquerai pas ici, et même jamais à qui que ce soit. Sauf si je parviens à retrouver ne serait-ce qu'une infîme parcelle de ce qui a implosé en moi. De ce qui fait ce que je suis Mid'Djay.
Elle était la plus jolie à mes yeux, et quand j'y repense, je suis encore du même avis. Je ne sais même plus où nous nous étions rencontré. Certainement dans ces grottes sombres où nous vivions. A vrai dire je m'en fiche. Tout ce qu'il est important de savoir c'est que nous nous aimions. Moi, Elfe Noir ayant suivi les enseignements de Morlach, et vénérant toute l'intelligence et la chaleur de Calder dont je me nourissais autant que de la présence de ma bien-aimée. Je ne vous parlerai pas plus d'elle, même si cela ne gênerait pas, puisqu'elle est morte après que je l'ai trouvée dans les bras de mon meilleur ami, un Elfe Noir, comme elle et moi. D'ailleurs lui aussi est mort. Non je ne les ai pas tué. Ils sont mort trop tôt, et je les aurai évité autant que je pouvais quoi qu'il en soit. Elle est morte de chagrin quelques jours après ma découverte. Et lui a mis fin à sa vie voyant qu'il avait perdu son meilleur ami et celle qu'il chérissait.
Mon Coeur fut brisé. Vous ne comprenez peut-être pas ce que cela signifie. Mais c'est ce qui arrive quand la confiance envers les êtres les plus chers que nous avons s'estompe. Trahis par mon meilleur ami et celle pour qui j'étais prêt à me sacrifier. Comment faire encore confiance aux autres ? Même à sa propre famille. Vous ne savez sans doute pas ce qu'avoir perdu le Coeur veut dire. Je vais vous dire que cela ne tient compte que de la philosophie que j'ai partagée avec de sages êtres que j'ai rencontré. Que j'ai voulu rencontrer. Au delà des apparences, je savais que les Demi-Trolls n'étaient pas plus bêtes que quiconque. Ils sont plus impulsifs, et moins vifs d'Esprit à cause de leur origines Trolls. Mais leur Humanité a fait du bon travail. Certains agissent tels des bêtes, en fait peut-être tous selon les circonstances. Mais je suis certain que bon nombre égalent sans difficulté les nôtres, et que certains atteignent la sagesse des plus grands. Don de Malecta sans aucun doute, généralement couplé à une intelligence dont Calder pourrait être fier.
J'étais parti des grottes dans le but de trouver quelques Demi-Trolls à qui parler, pour apprendre d'eux, et leur apprendre. Je n'avais alors pas encore rencontré celle qui m'a trompé. - Voyez comme je suis incapable de tenir la chronologie d'un récit - Les Marais de la Catin du Walh me semblaient être l'endroit idéal, et le plus représentatif de cette race ô combien rejetée partout à la surface de Ganareth - Autant que sous celle-ci - De nombreuses fois j'avais dû sortir ma lame pour mettre un terme à la furie de mes aggresseurs. A savoir que je n'attache aucune importance aux objets, quels qu'ils soient, contrairement à la plupart de mes congénères Chevaliers Noirs comme moi, qui eux s'attachaient à leurs armes et leur donnaient des noms, croyant qu'elles avaient été forgées pour eux seuls, qu'elles étaient uniques dans leur manière d'être fabriquées, et tout ce qui s'ensuit. Bref, je m'en voulais d'avoir à occir ces gens, je n'avais pas le choix, mais ils ne semblaient pas vouloir m'écouter, ou alors ils ne comprenaient vraiment rien. Un seul a bien voulu m'écouter, ou plutôt, j'ai cru qu'il m'écoutait. Alors qu'il n'avait écouté que de la voix d'un des siens. Celui qui venait sur moi n'avait pas la même rage lisible dans ses yeux que dans ceux qui m'avaient attaqué précédemment. Il ne bavait pas et ne montrait pas ses dents prêtes à déchirer ma chair. Il était déterminé, mais pas fou. J'aurai certainement la même expression si l'on venait à envahir nos grottes. Je m'étais retourné pour voir qui avait bien pu stopper le colosse et sa hache. Sortant des buissons épais, se faufilant entre les lianes pendantes les pieds dans l'eau nauséabonde des marécages, un vieil être s'approchait de moi. Ses habits loin d'être en loques étaient très rudimentaires, mais nul doute que la fourrure dont ils étaient fais tenait mille fois plus chaud que mes vêtements, aussi riche faisaient-ils. Il s'était approché jusqu'à tenir son long bâton juste sous mon nez. Bien que vieux et courbé, il avait le visage au même niveau que le mien, alors que son compagnon debout derrière moi me dépassait d'au moins deux têtes. Nous avions commencé à parler, un bon moment, jusqu'à ce qu'il m'emmène dans un village dont il était le sage. J'ai passé des Monad et des Monad avec eux. Apprenant tout ce qu'il fallait savoir sur les Marais de Malecta et sur la race des Demi-Trolls. Tout d'abord, il n'existait pas de villes à proprement parler, juste des petits villages, ou communautés regroupant une vingtaine voire une soixantaine d'individus, régis non pas par un chef de guerre, comme les ragots le disaient, mais par le plus ancien et le plus sage de tous. Son autorité s'imposait d'elle-même, jamais de conflits n'éclataient pour qu'un villageois prenne le pouvoir. Ils n'y trouvaient aucun intérêt et préféraient vivre de la sagesse et de l'intelligence de celui qui les dépassait. Il fallait aussi savoir que chaque village possédait un dialecte unique, comprenant aussi une langue commune qui n'était employée que lorsque des Demi-Trolls d'une communauté différente venaient à se rencontrer. Les rituels de chaque village marchaient sur le même principe, certains étaient communs à tous, et d'autres parfaitement uniques. Il était évident que tous n'étaient pas aussi instruits et sages que l'étaient ceux avec qui j'ai vécu. De mes nuits passées à converser avec l'Ancien autour d'un bon feu à déguster les mets des marécages - Au passage vraiment excellents s'ils sont cuisinés convenablement, bien que leur aspect soit généralement repoussant et que la chasse soit extrêmement difficile au milieu de la vase et des sables mouvants - sortirent deux choses que le village fut fier de montrer. Une philosophie particulière et pourtant commune à tout un groupe de gens. Et de celle-ci découla une langue que le village s'empressa d'adopter, laissant de côté celle employée auparavant. Nombre d'entre eux devinrent de véritables amis au fil des ans - J'avais entre temps rencontré ma douce lors d'un saut aux grottes - , particulièrement cet Ancien, mort au moment où j'écris ceci, que je dû quitter pour retourner auprès des miens, non sans la promesse de revenir un Djay.
Quand je la découvris avec lui, je restai interdit, pétrifié par ce que je voyais. Je leur avais dis qu'ils n'auraient jamais intérêt à me croiser sans quoi ils mourraient de mes mains, je m'en étais allé leur tournant le dos. Alors qu'elle s'aggripait à ma jambe en pleurant. Je la traînai ainsi jusqu'aux escaliers où elle me lacha, resta assise en train de se vider de toute son eau. Je n'éprouve pas la moindre douleur en y repensant, aucune lance ne vient me perforer, je suis insensible à ce genre de choses. J'étais parti saluer tous mes amis avant que mon Coeur ne se désintègre totalement. Le premier fut ce sage ami avec qui j'avais certainement passé les moments les plus enrichissants de toute ma vie. Il s'en voyait navré, car il comprenait très bien ce que cela signifiait. Je ne peux plus aimer, je ne ressens plus la moindre douleur à voir quelqu'un perdre la vie, même un être qui aurait pu être cher à mes yeux. Juste le regret de ce que cette personne était et qui est maintenant perdu. Plus d'amour, plus d'amitié, plus de confiance, plus de joie de vivre même si je suis toujours capable de rire et d'apprécier les moments qui m'apprennent ce que j'ignore. Perdre son Coeur n'enlève que du bon, car je suis toujours capable de haïr, de m'énerver, d'être de mauvaise humeur, de tuer. Après avoir signifié mes adieux aux amis qui me restaient, je ne vivais plus vraiment. Je ne trouvais pas vraiment de goût à la vie, et pourtant je continuais. Ne travaillant que pour de l'argent, écumant les routes à la recherche de Goths pour pouvoir vivre. Je ne travaillais pourtant jamais pour quelqu'un si ma mission allait à l'encontre de mon bon vouloir. Je n'étais pas un de ces tueurs sanguinaires stupides qui tuent tout et n'importe quoi pour une bouchée de pain. La furtivité et la maîtrise de l'art de Chevalier Noir dont j'avais fait preuve dans les armées de Dînsereg me valaient de fortes sommes à chaque fois, que ce soit pour des meurtres, de simples escortes. Voire, et ce qui me plaisait le plus, garde rapprochée d'une personne. Toujours de charmantes demoiselles, souvent des amantes de nobliaux qui étaient prêt à débourser des sommes folles pour leur sécurité. Ils savaient très bien que jamais je ne m'éprendrai d'elles, alors ils me faisaient confiance, et me payaient pour quelques mois, le temps que les choses se calment après quelques tentatives vaines de la part de gens malintentionnés.
L'un de mes employeurs était un Humain sans scrupule, mais les missions qu'il me donnait étaient acceptables et surtout extrêmement bien payées. Il vivait et remplissait ses coffres grâce aux assassins qu'il employait. Je faisais partie des plus importants avec deux Humains, dont l'un semblait assez honnête malgré son travail, opposé à l'autre, une vraie machine à tuer. Un Elfe des Bois, mille fois meilleur que moi dans la capacité de se camoufler, et un Haut-Elfe détestable, mais maîtrisant la Magie Claire comme je ne l'avais encore jamais vu. L'un de ses seconds était un Illusionniste Dark, lui aussi impressionant de compétences. Il était plutôt sympathique, mais restait généralement dans l'ombre de celui qu'il considérait comme son maître. Il m'avait plus d'une fois fait montre de ses talents, et il m'épatait toujours de plus en plus. J'en appris ainsi beaucoup sur son soi-disant maître. Mais je ne le raconterai pas. Tout ce que je peux dire d'autre est que j'ai quitté cette vie de mercenaire quand Dînsereg lui-même me confia une mission qui me plaisait plus qu'une simple bourse, aussi pleine soit-elle. C'est pourquoi je suis ici à écrire.
Me voici revenu... J'ai vieilli. Physiquement je suis toujours le même. Toujours cette capacité à me cacher où bon me semble sans être vu, à surprendre ceux que j'accoste parce qu'ils ne m'ont pas entendu venir. Toujours cette maîtrise tant de fois flattée de rendre grâce à Morlach. Mon sable coule toujours, à la vitesse des Yano. Et mon Esprit coule différemment à chaque nouveau grain tombé. J'ai enfin retrouvé cette vieille histoire, enfouie sous des monticules de poussière, au milieu des toiles d'araignées et de leurs occupants. Entre deux murs et deux sables. Je ne me souviens pas pourquoi j'ai caché tant de choses en écrivant lorsque cet endroit ressemblait vraiment à un château. aujourd'hui il n'est plus qu'une Ruine désespérément vide. Si ce n'est notre A'Quarthus qui me tient compagnie. Je suis revenu. Pour que ceux se sentant concernés et dignes de m'aider dans ma quête me rejoignent. Non pas venir à mes côtés. Mais suivre un but commun. La vengeance est toujours présente dans mon Esprit. Mais je ne dirai rien sur mon Coeur... Il ne vaut mieux pas. C'est la seule chose que je tairai dorénavant.
Me voici donc de retour. - Et je ne me suis toujours pas amélioré en écriture, pauvre de moi - Lysart l'infâme a quitté Melays l'Humain qui fut mon commanditaire comme cité précédemment il y a quelques Yano sur ces mêmes pages griffonées et vieillissantes. J'ai appris qu'il était allé se mettre au service d'un Baron de sa race. Que ce même Baron avait pris le contrôle du village où j'avais passé tant de bon temps. Que l'esclavage était de mise, et que nombre des autochtones avaient déjà succombé. Trois Yano après la prise de pouvoir de ces terres, un petit groupe réussit à berner la surveillance du Baron et s'enfuit au-delà des marais. Ce dernier aurait chargé Lysart de le traquer et de tous les mettre à mort. Les derniers échos qui me sont parvenus font état de la mort de tous les fuyards. Mais surtout d'un vengeur qui aurait mis fin aux exactions de leur oppresseur. Je recherche cette personne, si tant est qu'elle est encore en vie suite au brasier qui consuma le village entier et ses habitants. Je ne sais si l'un d'entre eux a pu en réchapper, mais je traquerai à mon tour celui qui a jadis traqué ceux que je considère comme miens. Dussé-je y passer l'éternité, je poursuivrai ma route et j'espère un jour revoir l'un de ceux qui faisaient ma fierté et mettre à mort ce fou de Lysart.
Peut-être devrais-je en dire davantage sur ce que j'ai fait après avoir été lassé de ma vie de mercenaire. Je parlais d'une offre de Dînsereg. Mais je n'ai pas dis que j'étais retourné au sein de son armée pour lutter contre la menace des Dragons. Seulement quelques Dekad après ma réinsertion, j'eu le privilège de recevoir la visite de ce grand meneur d'hommes. Nul doute qu'il avait eu vent de ce qui m'était arrivé lorsque je partis de l'armée auparavant. Il avait dû savoir aussi ce que fut toute ma vie. Et il n'oublia pas les talents dont mes anciens camarades faisaient l'éloge aux officiers. Il m'invita à passer la soirée en sa compagnie assis autour d'une table pleine de bons mets dans sa tente. La discussion avait été des plus agréables et surprenante. Engagée par l'état de ma santé, et dérivant rapidement sur l'état de notre armée. Il me parla aussi longuement de Vuuar, qu'il voulait ralier tous les adeptes des Sombres Cristaux sous la même bannière, ou je ne sais trop quoi du même ordre d'idées. Passé ces choses futiles, il commença à me questionner sur ce que j'avais appris de mes Centi passés auprès des Demi-Trolls. J'en fus surpris mais ne manquai pas de tout lui raconter, alors qu'il se montrait vraiment très intéressé. De tous les hommes qu'il avait sous son commandement je devais être celui qui en savait le plus sur eux. C'est pour cette raison qu'il me proposa de partir lutter contre la menace de Dragoon dans le Sixième Royaume, à la tête d'un détachement plutôt diversifié. Nous avions de tout, tout le temps et toujours quand il fallait. Le fait de connaître parfaitement les Demi-Trolls me permettait d'engager la discussion avec eux et généralement de les convaincre de se joindre à nous, ne serait-ce que l'instant d'une bataille. La plus mémorable fut celle qui nous mena face à de nombreux soldats de Dragoon, tels les Orcs et les Trolls ainsi qu'une puissante troupe de Dragons. Ce jour là on aurait juré que toutes les tribus Demi-Trolls s'étaient ralliées à nous pour vaincre l'oppresseur. L'ennemi était de loin supérieur en nombre jusqu'à ce que cette nuée de sang mêlé vienne à notre encontre. Se joignant à nos rangs nous remportâmes la plus difficile et la plus fantastique des victoires sur les Dragons. Enfin de celles que j'ai vécu bien entendu, Dînsereg devait lui aussi se battre dans de telles conditions à chaque fois. Je n'épiloguerai pas sur la bataille, cela n'a pas d'intérêt - Même si j'ai dis que je raconterai tout - et j'ai dis ce qu'il y avait d'important.
Par TrolKabu
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Publié dans : Au coeur des Royaumes de Ganareth
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Mes salutations aux curieux et autres intéressés, bref, à ceux qui passent jeter un oeil dans les environs.